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Béhaviorisme

(De l’anglais behaviour, comportement), psychologie objective. — Longtemps la psychologie fut considérée comme la science des états conscients. De ce fait, la seule méthode applicable ne pouvait être que l’introspection : seul le sujet, témoin de ses états psychiques, peut les observer, les étudier et les exprimer. C’est une « psychologie à la première personne ». Par opposition à cette thèse, une nouvelle doctrine s’est affirmée, au début du XXe siècle, dont le promoteur énergique fut Watson (1913), aux Etats-Unis. Pour cet auteur, au contraire, la psychologie ne peut être que la science du comportement. Au lieu de se fonder sur la conscience et l’introspection, elle doit limiter son étude à l’observation de l’organisme en situation. Les seuls éléments dignes de faire l’objet d’une recherche scientifique rigoureuse sont les données observables du comportement verbal et moteur, qui est toujours adaptatif. L’organisme soumis à une action tend à neutraliser les effets de celle-ci, soit en agissant sur l’objet qui la produit, soit en se modifiant lui-même. En rapprochant ces conduites des stimulus, il paraît donc possible d’établir des lois, grâce auxquelles on doit pouvoir prédire la réaction d’un individu à une « excitation » connue, ou bien déduire la nature d’un stimulus à partir de l’observation d’une réaction. La clef de voûte de ce système est le réflexe conditionné, les instincts eux-mêmes étant réduits à une « série de réflexes enchaînés ». Tout n’est qu’apprentissage, même l’expression des émotions, et il est possible de modifier les comportements par l’éducation.

Les travaux des béhavioristes ont porté sur les animaux et, chez l’être humain, sur le fœtus et le jeune enfant. C’est à partir de ses observations sur le nourrisson que Watson a cru pouvoir affirmer qu’il existait, au début de la vie, trois émotions fondamentales : la peur, la colère et l’amour. Celles-ci se retrouvent, très diversifiées, à l’état adulte sous l’effet du conditionnement.

En réalité, cette assertion est erronée, ainsi que l’ont montré des recherches ultérieures. A l’aube de la vie, l’être humain répond aux stimulus d’une manière indifférenciée, puis par le plaisir ou le déplaisir; enfin, sous l’influence de la maturation organique, émergent successivement : la colère, le dégoût, la peur, la jalousie… Les observations de Watson étaient inexactes, car il fut influencé par sa propre subjectivité : connaissant le stimulus émotionnel qu’il administrait aux nourrissons, il attendait d’eux, inconsciemment, un certain comportement, ce qui l’amenait à interpréter différemment des conduites identiques.

La position initiale des béhavioristes, qui voulaient réduire le fait psychologique au couple stimulus-réponse, est aujourd’hui dépassée. De nouvelles doctrines, néo-béhavioristes, très influentes aux Etats-Unis et en Angleterre, lui ont succédé, qui conservent les idées de base de la théorie de Watson : l’objectivité et l’importance du milieu. (V. conditionné [réflexe], instinct, introspection, Lewin, maturation.)