«

»

Délire

(du lat. delirare, sortir du sillon), désordre de la pensée qui fait prendre pour réels des faits imaginaires. ― Cet état mental, plus ou moins durable, se rencontre dans les maladies infectieuses, les intoxications, la manie et même quand il n’y a qu’une forte fièvre.

Parfois, le délire s’installe d’une manière permanente; il dénote un trouble profond de la personnalité, et modifie profondément les rapports du malade avec son entourage. Les délires chroniques occupent une grande place dans la pathologie mentale de l’adulte à cause de leur variété et de leur importance. Leurs manifestations, leurs mécanismes constitutifs et leur évolution sont extrêmement variables. Au siècle dernier, Magnan proposa une description évolutive des délires en distinguant quatre phases successives inquiétude, idées de persécution, idées de grandeur et démence, mais l’on s’est aperçu depuis que ce schéma ne pouvait s’appliquer à tous les cas. Actuellement; l’intérêt se porte sur l’étude fondamentale de la personnalité. En effet, il est impossible de dissocier le délire de l’histoire du malade, de son affectivité et de ses expériences vécues. Selon les psychanalystes, le délire serait l’expression de sentiments refoulés que la personnalité consciente du malade ne peut accepter. Celui-ci éprouve donc comme venant de l’extérieur ce qui lui appartient en propre (« on me fait dire des obscénités, on voudrait me pousser à commettre des actes immoraux…»).

Le délire paranoïaque aurait la même racine l’idée « je le hais » devient « il me hait » à partir de ce moment, le malade déchargé de toute culpabilité, peut laisser s’exprimer librement son agressivité, et peut aller jusqu’au meurtre (« Il se moquait de moi, il me rendait la vie impossible; il fallait que l’un de nous deux disparaisse. En le tuant, j’ai débarrassé le monde d’un être monstrueux. »)

L’état délirant n’implique pas I existence d’une déficience intellectuelle. Certains malades possèdent une intelligence remarquable; leurs résultats aux tests sont bons. Ils peuvent continuer à avoir une activité normale et, tant qu’on n’aborde pas le chapitre spécial de leur délire, ils ne se distinguent pas des autres personnes normales. Les thèmes délirants sont innombrables idées de persécution, jalousie, culpabilité, érotisme, folie des grandeurs, etc. Certains s’accompagnent d’images d’une telle intensité qu’elle en deviennent hallucinatoires. L’hospitalisation dans un centre psychothérapique est presque toujours nécessaire. (V. manie.)