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Névrose

Trouble mental qui n’atteint pas les fonctions essentielles de la personnalité et dont le sujet est douloureusement conscient. — L’angoisse, l’obsession, les phobies, l’hystérie sont les principales névroses. Très répandus (9 p. 100 de la population, d’après Pasamanick), les états névrotiques présentent un certain nombre de caractères communs : le névrosé se sent mal à l’aise, il manque d’assiette dans son rôle social; il est agressif à l’égard d’autrui (ironie…) ou contre lui-même (tentative de suicide); il présente des troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie), de la sexualité (frigidité, continence systématique au masturbation), et semble exagérément fatigable. Son réel épuisement est la conséquence des efforts inconscients qu’il fait pour lutter contre ses pulsions sexuelles et agressives. Tous ses symptômes névrotiques sont, en définitive, l’expression symbolique du drame intérieur dont il est le siège, et qu’il est incapable de dominer, car les éléments essentiels échappent à sa claire conscience. Cette notion de conflit est fondamentale; on la retrouve dans toutes les théories explicatives de la névrose (sauf dans celle de P. Janet, pour qui l’état névrotique serait une diminution de la vitalité, de la tension psychologique, elle-même support de la « fonction du réel», causée par des conditions héréditaires et l’épuisement dû au surmenage ou aux chocs émotionnels).

1° Les réflexologistes, à la suite de Pavlov, ont créé, expérimentalement, des névroses chez des animaux, en les plaçant dans des situations conflictuelles. Après avoir conditionné un sujet, un chien par exemple, à réagir différemment à la vue d’un cercle (auquel était associée une récompense) ou d’une ellipse (décharge électrique), ils diminuaient, progressivement, le grand diamètre de l’ellipse jusqu’à la rendre peu distincte du rond. A ce moment, l’animal, ne sachant plus quelle réponse donner, devenait anxieux, s’agitait et présentait tout un ensemble de troubles psychosomatiques (accélération des battements du coeur, énurésie, etc.), Dans des conditions presque aussi artificielles, chez des prisonniers de guerre soumis au « lavage de cerveau », on a aussi observé l’éclosion de véritables « névroses expérimentales », car les sujets endoctrinés, envahis par le doute, ne savaient plus quel camp choisir et étaient devenus incapables d’adopter une attitude ferme.

2° Dans la théorie psychanalytique, le conflit intérieur, qui oppose les forces pulsionnelles du « ça » aux instances morales (sur-moi), suscite l’angoisse, contre laquelle le sujet essaie de lutter en mobilisant certains mécanismes de défense inadéquats.

3° Les thèses culturalistes (K. Horney) complètent les vues de Freud en faisant louer un rôle déclenchant aux pressions sociales (familiales, conjugales, économiques).

On relève parfois, chez certains névrosés, la présence de tares héréditaires, ou de réelles difficultés socio-économiques, mais la caractéristique constante trouvée chez tous les sujets nerveux est d’ordre psychologique : tous manquent de maturité affective, ils se comportent, à l’âge adulte, comme des enfants réagissant inconsciemment aux situations actuelles (professionnelles, sexuelles, sociales) en fonction de critères puérils et d’attachements ou de haines nés dans leur enfance. — La névrose, qui peut être déclenchée par un choc émotionnel (bombardement, deuil, échec scolaire), des difficultés matérielles ou le surmenage, est rarement considérée, par l’entourage (et même par la sécurité sociale), comme une véritable maladie. Autour du névrosé on s’impatiente « Il devrait se secouer, il n’a pas de volonté ! ». Ne lui reconnaissant pas le statut de malade, on attend qu’il continue d’assumer ses responsabilités. Les parents (et même certains médecins) ne comprennent pas cette affection mentale, qui n ‘a pas de cause anatomique connue; même le sujet souffrant ignore les raisons de son malaise et de son angoisse. La thérapeutique, essentiellement psychologique, peut avoir la forme d’un soutien moral, mais les meilleurs résultats sont obtenus par la psychanalyse. La névrose est de nature différente de la psychose, le névrosé conservant la conscience de son état morbide et le psychotique se construisant la réalité imaginaire du délire, qu’il croit une véritable réalité. (V. ça, psychanalyse, sur-moi.)