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Personnalité du candidat au recrutement : Occupation de l’espace

Avez-vous remarqué que les hommes grands et gros ont moins besoin d’éclats de voix que les petits maigres pour s’imposer ? Je mesure 1,90 m et pèse 91 kg ; si je reçois un visiteur de petit modèle, je sais qu’il monte ses défenses plus que si j’occupais moins de volume dans l’espace…

Nous pouvons définir autour de notre corps trois zones :

– la zone d’intimité, proche de notre corps, un cylindre de 50 cm de rayon environ qui contient tout ce qui peut entrer en contact avec nous ;

– la zone de préhension, un peu plus lointaine mais accessible en tendant le bras (disons 1 m de rayon), qui contient tout ce que nous pouvons toucher et prendre avec les mains ;

– la zone extérieure, au-delà de la zone de préhension.

Choisir une distance entre son corps et celui d’autrui constitue déjà une forme de communication, puisqu’on exprime ainsi son intention (extérieure, préhension ou intimité) sans toutefois que l’on puisse encore en déduire si cette intention est amicale ou agressive.

Il y a une cohérence entre une situation sociale, les paroles pro­noncées (avec le ton et le volume sonore) et la distance choisie pour communiquer, et toute incohérence mérite d’être retenue comme indice ; je ne saurais plaquer mon corps contre celui d’une visiteuse inconnue dans mon bureau pour lui demander en quelle année elle est née.

1 – Le corps « communique » en occupant l’espace :

Nous définissons autour de notre corps des zones de communication spécialisées : la zone d’intimité, propice aux confidences, à la tendresse mais aussi à la lutte ; la zone de préhension, intermédiaire puisqu’elle contient tout ce qui peut être pris, donc rapproché ou éloigné de l’axe du corps ; enfin la zone extérieure.

La distance optimale d’entretien correspond à la limite de la zone extérieure.

person2 Le choix de la distance de communication est déjà une façon de communiquer :

En position assise, le basculement du tronc est la seule façon de faire varier la distance de communication. A partir des postures 1 (neutralité), observons les mouvements : en 2 et 3, les protagonistes sont d’accord (symétrie des positions) pour l’éloignement (2) ou le rapprochement (3) ; alors qu’en 4, la dissymétrie nous montre que le personnage de droite cherche à pénétrer dans la zone d’intimité du personnage de gauche, ce que ce dernier refuse.

L’absence d’autres informations (texte, mimiques) ne nous permet toutefois pas d’ima­giner les intentions (amicales ou agressives) des interlocuteurs.

perso2Dans la situation d’entretien qui nous est la plus usuelle, nous sommes assis face à face ; mais la distance est choisie par notre inter­locuteur (par nous aussi, d’ailleurs) puisqu’il a la latitude d’approcher ou reculer sa chaise ; adopte-t-il alors une position normale de com­munication (à l’extrémité de la zone de préhension), excessivement intime (il pénètre dans votre territoire) ou excessivement extérieure ?

La physique nous montre toutes sortes d’intensités (gravitation, flux lumineux, champ électromagnétique…) qui varient en raison inverse du carré de la distance. Et s’il existait une intensité de la commu­nication obéissant à la même loi ? Augmenter la distance réduirait l’intensité, la raccourcir l’augmenterait, indépendamment de la charge affective (amicale ou agressive) de cette communication.

De même, durant la conversation, observons la position et les chan­gements de position du torse (puisqu’il est rare de déplacer ensuite sa chaise) ; quelles sont ses tentatives d’avancer le tronc (pénétrer dans la zone d’intimité) ou de le reculer (fuir dans la zone extérieure) qui expriment donc autant de variations dans les intentions de communi­cation, qu’il nous faut mettre en corrélation avec ce qui se dit par la voie du langage articulé.

3 – Postures des membres :

Bras et jambes « parlent », eux aussi.

Ils expriment notamment avec clarté deux paramètres bien diffé­rents de la qualité de communication :

– fermeture ouverture : croiser, décroiser bras et/ou jambes ;

– activité passivité : c’est ici le tonus musculaire qui est enjeu (on peut être ouvert et tendu, comme fermé et mou, et vice versa).

Il y a donc quatre cas possibles, avec bien des nuances intermé­diaires.

Souvenons-nous de la fragilité de l’être humain, seul dans la créa­tion à se retrouver aussi démuni de défenses physiques naturelles : un cuir étonnamment mince, pas de carapace, ni griffes ni crocs ni cornes: il est probable que des gestes protecteurs comme croiser les bras sur la poitrine, sont inscrits dans nos chromosomes. Je remarque d’ailleurs dans la rue des jeunes femmes qui marchent dans cette position, jamais des garçons, ni des dames âgées.

Comme pour les positions du tronc, il nous faut être conscients de ce qu’expriment les membres et de ce que peuvent exprimer des modi­fications de postures, en corrélation avec ce qui se dit verbalement.

Pensons aussi à nos propres mouvements qui transmettent à notre interlocuteur inconsciemment autant de signaux; c’est ainsi que sa fermeture active des bras combinée avec le rejet en arrière du tronc peut n’avoir aucun rapport avec ce qui se dit… mais en revanche être la conséquence de notre propre posture trahissant un manque d’écoute ou une agression.