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Définir les addictions

Le psychiatre et psychanalyste J. Berge-ret, en se référant à l’étymologie, a mis l’accent sur un sens particulier du terme « addiction », celui de contrainte par corps.

Il suggérait ainsi, selon une approche psychanalytique, que la dépendance corporelle équivalait de la part du sujet à une tentative inconsciente de régler une dette, à une peine auto-infligée : « Il s’agit de considérer à la suite de quelles carences affectives le sujet dépendant est amené à payer par son corps les engagements non tenus et contractés par ailleurs. » L’addiction, dans cette perspective, était une désignation métaphorique de la toxicomanie.

Mais c’est indépendamment de ces considérations que le terme s’est répandu, et des définitions plus descriptives, voire plus opérationnelles, se sont révélées nécessaires. Goodman, notamment, a proposé une définition conforme aux critères du DSM, caractérisée par les traits suivants :

1. Impossibilité de résister aux impulsions à réaliser ce type de comportement.
2. Sensation croissante de tension précé-dant immédiatement le début du compor-tement.
3. Plaisir ou soulagement pendant sa durée.
4. Sensation de perte de contrôle pendant le comportement.
5. Présence d’au moins cinq de ces neuf critères :
a) Préoccupation fréquente au sujet du comportement ou de sa préparation.
b) Intensité et durée des épisodes plus im-portantes que souhaitées à l’origine.
c) Tentatives répétées pour réduire, contrôler ou abandonner le comportement.

d) Temps important consacré à préparer les épisodes, à les entreprendre, ou à s’enremettre.

e) Survenue fréquente des épisodes lorsque le sujet doit accomplir des obligations professionnelles, scolaires ou universitaires, familiales ou sociales.
f) Activités sociales, professionnelles ou récréatives majeures sacrifiées du fait du comportement.
g) Perpétuation du comportement bien que le sujet sache qu’il cause ou aggrave un problème persistant ou récurrent d’ordre social, financier, psychologique ou physique.
h) Tolérance marquée : besoin d’augmenter l’intensité ou la fréquence pour obtenir l’effet désiré, ou diminution de l’effet procuré par un comportement de même intensité.
i) Agitation ou irritabilité en cas d’impossibilité de s’adonner au comportement.

6. Certains éléments du syndrome ont duré plus d’un mois ou se sont répétés pendant une période plus longue.

Cette définition est en phase avec la conception de l’addiction comme processus, mise en avant par Stanton Peele dès 1975, dans son ouvrage Love and Addiction (en coll. avec A. Brodsky). Selon Peele, c’est d’une expérience que certains sujets deviennent dépendants, et non d’une substance chimique.

Le caractère agréable de l’expérience initiale n’est pas, dans cette optique, d’une importance primordiale.

Le recours répétitif à la conduite addictive au-rait une fonction d’évitement de situations anxiogènes, en substituant à l’incertitude des relations humaines le déroulement pré-visible d’une séquence comportementale maintes fois vécue.

Un parallèle pourrait être fait entre cette vision et diverses approches psychanalytiques, qui voient dans des formes mineures de toxicomanies l’institution d’un « néo-besoin », ou une forme agie d’équivalent de mécanisme de défense contre des représentations anxiogènes (ou une façon d’éviter à la fois l’affrontement de situations anxiogènes, et la mise en jeu de mécanismes de défense, au sens habituel du terme).