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Approche biopsychosociale de Stanton Peele

Professeur de psychologie sociale à New York (université Columbia), Stanton Peele (né en 1946) a développé entre les années 1975 et 1985 un modèle extensif de dépendance intégrant à la variable psychologique la variable sociologique.

À ses yeux, l’ad-diction découle de la vie même du sujet dé-pendant et de ses problèmes.

Elle constitue une stratégie pour résoudre une situation douloureuse, un échec qui constamment, le font douter de sa capacité à réussir au plan personnel et social.

Le sujet addicté finit par se détourner de tout autre centre d’intérêt et s’avère incapable de ne plus réaliser le geste addictif.

La dépendance est donc une satisfaction substitutive dont le pouvoir renforçateur est puissant.

Mais le fait d’être devenu dépendant modifie le sentiment d’estime de soi du sujet dans un sens négatif en le confrontant à un paradoxe : répéter le geste addictif pour tenter d’en limiter l’incidence négative.

L’addiction abolit le constat de défaillance (satis-faction substitutive), mais, en même temps,le majore (perte d’estime de soi).

Face à une situation critique de l’existence (adolescence*, stress*, isolement, divorce), à une période de la vie n’offrant aucune option positive (vécu en situation de guerre, en situation d’exclusion) ou dans un contexte privé de soutien social et/ou familial, l’expérience de la dépendance permet d’organiser la vie du sujet, structure son temps, et propose des sensations étayantes et prévisibles.

Pour Peele, l’addiction est avant tout un mal de la « socialité » : le développement des conduites addictives découle de l’introversion des individus, de l’égoïsme et de l’individualisme.

Le contrôle de soi, l’estime de soi, la possibilité de s’accomplir, de développer des compétences constituent autant de valeurs protectrices.

L’individu est donc non une simple entité biologique mais l’acteur de sa propre socialisation, l’inlassable chercheur de son propre sens et d’une cohérence intérieure qui, seule, peut lui permettre d’échapper à une forme ou une autre de dépendance.

Le modèle de Peele permet de dépasser le modèle médical de la dépendance en met-tant en lumière l’importance des facteurs non biologiques des addictions (culturels, sociaux, situationnels, ritualistes, développementaux, de personnalité et cognitifs) qui leur enlèvent leur caractère inéluctable.