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L’ALCOOL

Il est admis que, depuis l’aube de l’huma-nité, les premiers hommes avaient observé qu’un jus de fruits sucré exposé à l’air libre devenait en quelques jours, grâce aux levures ambiantes, un breuvage ayant des propriétés psychotropes spéciales.

Celles-ci furent d’abord utilisées à des fins mys-tiques et sacrées avant de servir aux usages profanes.

Quatre millénaires avant Jésus-Christ, la bière et le vin étaient connus des Sumériens et peut-être aussi des Chinois.

Plus tard, chez les Grecs, Homère en parle expressément dans l’Iliade et l’Odyssée, tandis que ces boissons sont fabriquées en Chaldée, en Judée, en Palestine et surtout en Égypte.

Le vin est très cité dans la Bible.

Dans les Évangiles, Jésus-Christ consacre

le vin comme matière eucharistique. Les Romains connaissaient l’art de cultiver, de tailler la vigne et d’en sélectionner les plants.

Aux premiers siècles de notre ère, l’expansion du christianisme alla de pair avec l’extension de la viticulture en Gaule.

Quant aux Barbares du nord de l’Europe, ils savaient fabriquer une variété de bière, la cervoise.

Deux événements majeurs mar-quèrent alors l’histoire de l’alcool :

– au VIIe siècle après Jésus-Christ, Mahomet prohiba la consommation de toute subs-tance pouvant nuire à la pureté de l’âme, et particulièrement celle du vin. Après la mort du Prophète, les conquêtes arabes balayèrent pendant des siècles l’usage de l’alcool chez tous les peuples islamisés ;

– la découverte de l’art de la distillation, à la fin du premier millénaire, ne fut connue en Europe qu’au XIIIe siècle (Raymond Lulle et Arnaud de Villeneuve), bien qu’il ne soit pas établi si l’invention de l’alambic était due aux Grecs ou aux Arabes.

L’eau-de-vie (aqua vitae) obtenue grâce à ce procédé ne fut connue comme boisson qu’à partir du XVIIe siècle, ayant été jusqu’alors réservée à des fins pharmaceutiques – préparation des teintures – et à des fins thérapeutiques pour
conserver la jeunesse et prolonger la vie.

Depuis Platon jusqu’à Huss, médecins, phi-losophes, hommes d’Église, juristes, écri-vains et poètes avaient reconnu le double visage des boissons alcooliques fermentées ou distillées : ferments de réconfort, de joie, de convivialité et de « santé », mais aussi pour certains sources de misère et de dé-chéance.

D’où, dans la littérature mondiale, soit des hymnes de glorification excessive, soit des condamnations véhémentes (par exemple, après la prohibition islamique, la prohibition aux États-Unis de 1919 à 1933). « L’eau brûlante » ayant reçu le nom d’alcool vers 1635 (Bornehave), ce n’est qu’au XIXe siècle qu’elle fut introduite dans la famille chimique des alcools sous le nom d’éthanol, avec la formule CH2CH3OH.