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AMODALITÉ

Propriété d’un objet perçu qui n’est pas liée à une modalité sensorielle particulière, par opposition à ce qui dépend strictement de l’une de ces modalités.

On dit d’une propriété qu’elle est amodale si elle peut être appréhendée par plusieurs systèmes perceptifs.

Tel est le cas par exemple de la forme, de la taille ou de la texture d’un objet, qui sont perceptibles à travers la vision et le toucher, ou encore de la localisation spatiale (en direction et en distance), perceptible à travers la vision, l’audition et le toucher.

Au contraire, la couleur est une propriété spécifique au système visuel, alors que la température et le poids sont des propriétés spécifiques au système tactilokinesthésique.

Dans la psychologie moderne, l’amodalité est également attribuée par certains auteurs non seulement à certaines propriétés des objets, mais aussi à la perception de ces propriétés.

Cela ne peut se justifier que si on distingue bien les perceptions des sensations.

Les sensations sont toujours spécifiques à chaque modalité (la sensation apportée par la vue d’un fruit sera nécessairement différente de la sensation apportée par le toucher de ce fruit, ou le goût de ce fruit, etc.).

Mais la perception (c’est-à-dire l’information tirée des flux sensoriels) peut être amodale car, étant la même dans toutes les modalités, elle n’a pas (ou n’a plus) de lien avec le système perceptif qui a véhiculé ces flux jusqu’au système central.

Pour les psychologues gestaltistes qui ont introduit et développé cette notion d’amodalité (parfois aussi appelée « supramodalité ») [W. Köhler, K. Koffka, A. Michotte], cela signifie que nous pouvons percevoir des données qui n’ont aucune base sensorielle.

Ainsi, lorsqu’un livre est posé sur une table, nous percevons la portion de table masquée par le livre bien que sensoriellement notre rétine ne reçoive aucune excitation en provenance de cette partie de la table (Koffka, 1935).

De même, nous percevons la « collision » entre deux objets si l’un d’eux se déplace en direction de l’autre, puis stoppe ou ralentit brusquement lorsqu’il arrive à son contact, et que le deuxième objet commence à se déplacer dans la même direction que le premier (Michotte, 1946).

Les psychologues contemporains vont encore plus loin (J. J. Gibson, 1966 ; Bower,1974 ; etc.). Pour eux, percevoir quelque chose comme « pointu », « rugueux » ou « proche » se fait de manière amodale pour deux raisons.

D’abord parce que de telles informations sont susceptibles d’être apportées simultanément ou successivement par plusieurs modalités sensorielles (ici, la vision, le toucher et l’audition).

Mais la perception est amodale surtout parce que l’information tirée est représentée au niveau central sous une forme abstraite qui ne doit plus rien aux caractéristiques sensorielles de la vision, du toucher ou de l’audition.

Cette conception de la nature des percepts a des implications quant à la coordination des différentes modalités sensorielles entre elles et au transfert intermodal, c’est-à-dire à la transmission des informations d’une modalité à l’autre.